Blog 2010
Le 28 décembre
"J'aime que le savoir fasse vivre, cultive, j'aime en faire chair et maison, qu'il aide à boire et manger, à marcher lentement, aimer, mourir, renaître parfois, j'aime à dormir entre ses draps, qu'il ne soit pas extérieur à moi"
Michel Serres, Les Cinq Sens, cité par David le Breton dans La Saveur du Monde, édition Métailié, 2006
Le 25 décembre
"Bien couvert, je montais sur le pont. Le capricieux hiver austral m'offrait une nuit incomparable. Les milliers d'étoiles paraissaient à portée de main et la vision de la Croix du Sud indiquant les confins polaires me remplit d'une émotion dont la force et la conviction m'étaient inconnues. Je sentais enfin que j'étais, moi aussi, de quelque part. Je sentais enfin un appel plus impérieux que l'invitation de la tribu, celle que l'on entend ou que l'on croit entendre, ou que l'on s'invente comme un palliatif à la solitude. Sur cette mer sereine mais jamais calmée, sur cette bête silencieuse qui bandant ses muscles en se préparant pour l'étreinte polaire, sous les milliers d'étoiles témoins de l'éphémère et fragile existence humaine, je sus enfin que j'étais de là et que, quoi que je fasse, je porterais toujours en moi les éléments de cette paix terrible et violente, annonciatrice de tous les miracles et de toutes les catastrophes."
Luis Sepulveda, Le Monde du Bout du Monde
Le 20 décembre
"A quoi sert la déstructure ? A quoi sert le chaos ? A rien ? Vraiment ?
Faut-il refuser les errances, figer les incertitudes dans la panique ? S'obstiner dans une voie sans issue, continuer à serrer les poings et à presser le pas ? Faut-il endormir les doutes, court-circuiter les refus, enfermer les peurs ? Ou faut-il écouter les fatigues, respecter les rythmes, accepter que tout puisse changer-accueillir les maillons faibles, embrasser la fragilité, la traiter avec douceur..."
Caroline Valentiny, références au 10 févr.
Le 30 novembre
De grands changements déjà d'actualité ou en vue: nouvelle adresse, un nouveau nom en gestation (si vous avez vous aussi des idées de génie dans le domaine... faites les moi parvenir !), une prochaine importation: ça bouge au pays des pinards !
Le 7 novembre
La vie secrète de nos amies les bêtes (4)
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Pour ceux qui souviennent des pingouins de Madagascar 1 !
Le 2 novembre
"Ekuan ishpesh, ma ishkuess
Eka ushtuenita
Ashtam ute
Lève-toi, petite soeur,
Lève-toi, ma ishkuess,
La nuit tombe.
Je sais que tu voudrais que ça soit comme c'était avant,
Mais personne ne peut y retourner.
Je sais ce que c'est d'avoir le coeur brisé,
Et de perdre ses rêves d'enfants.
N'aie pas peur, ishkuess
Essuie tes larmes ma soeur,
Prends ma main.
Il semble que le noir est tellement tellement fort,
Qu'il ne finira jamais.
Mais après la nuit viennent les rayons de l'aube
Qui vont nous réchauffer."
Zachary Richard, "Lumière dans le noir". Une chanson moitié en langue Innu, de ce peuple autochtone de la rive nord du St-Laurent.
Un disque magnifique, dense. Et parmi d'autres un vrai chef d'oeuvre de chanson française avec "L'île dernière", d'une puissance sourde et contenue.
Le 25 octobre
Les rives du fleuve qui s'éloignent, l'estuaire qui se prend pour une mer, le ciel qui s'écarte. Aux Ilets Caribous, une presque-île dans la lumière du soir, au bout d'une plage au sable blanc; des escarpements granitiques qui plongent dans le fleuve déjà salé depuis longtemps, la foret boréal derrière quelques maisons...
C'est le Québec façon rive nord du St-Laurent, en route pour le bout de la route... pour une prochaine fois.
Le 21 octobre
"Périple au coeur d'une danse fluide, mouvante, où flots et archipels tracent un pays veiné de ruisseaux et rivières offrandes qui, par convergence, deviennent fleuve traversant terre belle et sans cesse bâtie."
Écrit (officiellement) aux dos des sièges du pont supérieur du traversier Québec Levis
Le 6 octobre
La Forclaz. Dans l'aube d'un matin d'automne, en grandes ombres sur un ciel sans nuage, le Pic Chaussy, alerte silhouette; les deux mélèzes du voisin toujours absent et un croissant de lune, fin sourire posé entre Becca d'Audon et Sex Rouge.
Le 2 octobre
"S'endurcir ne suffit pas, il faut se simplifier"
Le 22 septembre
Il y a bientôt deux ans :
En ce dimanche 26 octobre j'ai laissé ma voiture sur les hauteurs de Mase, rive droite du val d'Hérens. Dans le petit vent de ce matin d'automne, j'ai remonté des vastes pâturages, calmes et abandonnés en cette saison, pour gagner le Pas de Lovégno.
Et déboucher ainsi dans le haut Vallon de Réchy, le lac du Louché en contrebas. A l'ombre des Becs de Bosson, de la neige bien décidée à s'imaginer l'avant-garde de la saison à venir. De l'autre côté, vues sous cet angle les fines pointes des Aiguilles Rouges d'Arolla, le Grand Combin, le massif du Trient, les Alpes vaudoises de l'autre côté du Rhône. Et, par-delà l'échancrure du Pas de Cheville, le lointain Jura.
Quelques rares promeneurs remontent le Vallon que je descends maintenant, par la gouille de Potoc, jusqu'au col de Cou. Et cette odeur si caractéristique de l'herbe jaunie par le soleil de l'été, frissonnant désormais nerveusement dans la fraîcheur de ce bientôt novembre.
Un dernier détour sur une antécime sans nom, pour un regard plongeant sur les méandres de l'Ar du Tzan. Sinuosités naturelles sur le chemin d'une plus grande déclivité. Et retour à la voiture par les pentes sous le Mont Noble.
Mais revenons au pas de Lovégno. J'ai cherché un léger creux, au soleil, à l'abri du vent. Mon pique-nique, pain, fromage, salami : un festin qui prend l'allure de communion.
Et entre le passage des avions, un silence qui semble si consistant, d'une telle épaisseur, qu'on imagine pouvoir le creuser. Comme une mine à ciel ouvert, dégageant petit à petit des strates successives, pour pénétrer plus profondément encore dans le rien...ou dans le tout...Allez savoir.
Le 18 septembre
Nous vivons une époque en mal d'épopées. Du Seigneur des Anneaux à Happy Roteur, nous imaginons des destins grandioses, des aventures extra-ordinaires.
Ce désir de simili-grandeurs, ce retour à des mondes paganiques où les hommes sont la proie de forces obscures, de dieux impitoyables ou absents est à l'image du désarroi de nos espaces intérieurs, et par là de nos sociétés qui se replient, s'arcboutent, sur de fausses et illusoires postures identitaires.
Et c'est la voie ouverte pour les extrémismes de tous bords, c'est "l'ascenseur pour les fachos", qui créent et se nourrissent de nos peurs.
Le 2 septembre
"Alors vient l'heure où la fête bat son plein, où la cuisine est le coeur palpitant de la maison, d'où montent toutes les odeurs, toutes les chansons et quelques frayeurs aussi, car à chaque instant tout peut basculer dans l'erreur fatale !
Enfin c'est l'instant suprême, celui de la connivence, celui où le plaisir de plaire est porté à son comble, celui où l'on a le sentiment de mieux connaître l'autre puisque l'on a goûté et aimé ensemble, celui où, dans le secret des corps, on a touché à une sorte d'éternité."
Marie-Christine Barrault, en préface à "La Cuisine d'Amour" chez Actes Sud
Le 5 août
La porte ouverte sur une pluie fine qui trempe doucement le jardin, le clapotis de l'eau qui coule de la cheneau dans les bassines, le calme d'un jour de vacances, d'un matin d'été désoeuvré.
Le 29 juillet
Amis du vin, amis de toutes choses bonnes et durables, cet ordinateur, celui-là qui met à jour ce site, changera à la fin de ce mois de juillet 2010 de statut social: SDF, en quelque sorte !
Soyez sans crainte, ce n'est qu'un au revoir, la mise à jour suivra son cours, au grès des branchements internet croisés de ci de là...
Si vous souhaitez prendre contact avec celui-là qui tapote mes touches, rendez-vous sous "Me joindre".
Idem bien sûr pour une commande vineuse, toujours bienvenue !
Le 20 juillet
Attention ! La fin de mon action se profile à l'horizon: Le 31 de ce mois de juillet 2010 j'aurai quitté définitivement ce bâtiment qui a accueilli cinq ans durant le Resto de Panex. (Quitté pour une nouvelle adresse encore non déterminée d'ailleurs...)
Profitez des derniers jours, saisissez ces dernières occasions de réapprovisionner votre cave à très bons prix !
Le 3 juillet
Mon action, rabais de quantité, rencontre un grand succès; avec comme conséquence que plusieurs cuvées sont d'ors et déjà épuisées....
Ne manquez pas les autres !
Le 24 juin
Il m'a longtemps été difficile de décrire la musique de Haydn sans faire usage du "moins que". Moins ouvertement révolutionnaire, moins orgueilleux que Beethoven, moins sensible ou plutôt moins inquiet que Mozart, etc.
Mais ce n'est pas rendre justice à cette musique, humaniste, pleine d'esprit, de vivacité, de recherche discrète mais permanente, et d'empathie pour le genre humain.
Si vous souhaitez (re)partir à sa découverte, je vous recommande chaudement un double CD chez Teldec, avec le magnifique concertgebouw d'Amsterdam et le (à mon goût) souvent exaspérant Nikolaus Harnoncourt. Mais cet enregistrement des symphonies 96 à 99 est tout bonnement extraordinaire. Découverte ou réconciliation assurée avec le grand Haydn !
Le 23 juin
Une certaine imminence quant à un très probable déménagement se précise éventuellement probablement certainement...!
Profitez sans tarder de mon offre spéciale:
10 % de rabais dès 12 bouteilles, 15 % dès 24 bouteilles, toujours plus d'actualité !
Le 18 juin
Bon Dieu, les jours passent, et le fruit de mes cogitations et autres humeurs du jour peinent à prendre place dans ce blog.
Je me ressaisis à l'instant et vous livre ceci, cette grande vérité presque culinaire, attention, êtes-vous bien assis !?
"Mieux vaut un oeuf au plat que deux à la montée"
Le 12 juin
La météo de ces dernières semaines, quelque peu capricieuse, ne saurait nous tromper. Les temps du roselet approchent, des entrains diaphorétiques.
Certains le sont de toutes saisons, me direz-vous...
Le 6 juin
Les deux principaux ennemis du vin sont: une température de service trop élevée, qui transforme le meilleur nectar en soupe chaude.
Et les verres inadéquats, le genre verre à dent sur pied façon grand-mère étant le pire; ajoutant à une pseudo-élégance lourdingue une parfaite inadéquation à mettre le vin en valeur.
Des bons et simples verres à pied Spiegelau ou autres marques sérieuses coûtent entre 5.- et 7.- pièce: assurément pas cher payé pour sauver nos bibines !
Le 26 mai
"J'honore les vivants, j'ai hâte parmi vous.
Chiens, ho! mes chiens, nous vous sifflons...
Et la maison chargée d'honneurs et l'année jaune entre les feuilles
sont peu de chose au coeur de l'homme s'il y songe:
tous les chemins du monde nous mangent dans la main !"
Chanson du présomptif in la Gloire des Rois, Saint-John Perse
Le 25 mai
Il n'y a pas que l'intellect qui se développe, s'éduque, se cultive.
C'est tout aussi vrai pour nos sentiments, nos sensations et même notre intuition. Eux aussi demandent à être étudié, affiné, précisé. Et c'est de la bonne intelligence entre tous que dépend notre capacité à vivre en toute conscience, en humain responsable.
Le 24 mai
Prendre la vie comme elle vient, au-delà de nos contingences trop strictement personnelles, avec confiance et simplicité: Voilà un vrai défi.
Le 23 mai
J'ai ouvert, suite à une commande dont il est question page suivante (A boire chez vous), une bouteille de Pouilly-Fuissé les Vignes Blanches 2006.
je peux confirmer: ces vins du domaine Saumaize-Michelin sont très très bons...
Le 20 mai
Parmi les concertos pour piano de Mozart, j'ai un faible pour ceux en demi-teintes, pour les moins ouvertement conflictuels, les moins "pré-beethoveniens" en quelque sorte !
Le 15ème (en si bémol KV450), sublime sérénade aux franges de l'ataraxie, mais parcourue de frémissantes mélancolies. Le 21ème (do maj. KV467) et cette incomparable pudeur mozartienne qui fait cohabiter profondeur existentielle, tristesse devant les peines des jours, humour et confiance en la vie. Le 27ème (si bémol KV595) lui à la limite de la neurasthénie...
Et le plus beau peut-être, à mon goût, le 23ème (la maj. KV488); (procurez-vous la version de Brigitte Meyer avec Iona Brown et l'orchestre de chambre de Norvège chez tuxedo music.)
Un premier mouvement qui nous prépare à la plongée au plus profond du désespoir du 2ème mouvement, puis par un miracle qui vaut bien celui de la Pentecôte, un dernier mouvement d'une formidable énergie vitale, inextinguible. Ah! Bon Dieu, contrairement au ronchon de Bonn, ce gars-là aimait la vie !
Le 16 mai
Le chasselas est un cépage ambigu. Largement dépourvu des qualités de puissance, d'acidité, de structure qui signent les grands vins, il a, et notamment de par ce manque de caractère propre, la capacité d'exprimer les nombreuses nuances des terroirs sur lequel il pousse.
Mais ce n'est pas parce qu'un vin a le goût de son sol, que ce goût et donc ce sol présente forcément un intérêt !
Pourtant, sur un terroir qui pallie à ses faiblesses et dans des mains vigneronnes expertes, il peut frapper à la porte des grands vins. Goûtez par exemple la production des Cruchon (Echichens) ou de Nicolas Zufferey à Sierre.
Et une des plus belles bouteilles dégustées cet hiver était un Petit Clos 2008 de Raymond Paccot: magistral !
Le 12 mai
Lorsque vous redémarrez votre voiture, le volume de la musique est bien souvent trop fort. Il avait bien fallu couvrir le bruit du moteur, de la route.
Il en va de même de la conscience de soi. Lorsque le bruit intérieur, l'agitation est trop importante, on entend, en toute inconscience du volume sonore, de soi que la surface la plus bruyante des événements.
Pour prêter attention à nos mille subtilités intérieures, il faut baisser le bruit général, éliminer l'inutile, pour se concentrer sur les mélodies discrètes, les harmonies subtiles, les contrepoints mystérieux qui tissent secrètement nos existences.
Le 11 mai
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Le 4 mai
Peste ! Il y a quelques temps chez des amis, nous avons bu bon !
Nous sommes partis en Hermitage, au siècle passé. Pavillon blanc hissé d'entrée, "Chante-Alouette" 1995: Suave, sans aspérité, presque distant, une eau calme, un grand moment de complexité simple et de pudeur tendre.
Pavillon rouge, pour suivre, même millésime, Chapoutier toujours, mais pas le Pavillon, la cuvée "normale": une belle syrah sans faiblesse, assagie mais plus évoluée et sans la magie du blanc.
Il y a des ermitages plus convaincants que d'autres.
Le 3 mai (bis)
Et si l'on parlait pinard !!!
Il y a du bovin chez moi, du ruminant...
Je rumine l'essentiel, ou ce que je considère comme tel.
Et le vin l'est-il...?!
N'est-il pas du moins parfois thaumaturge, à faire naître dans le guéret d'un jour des floraisons insoupçonnées, passeur inconstant mais fidèle ?
Le 3 mai
Parlant de l'idée de créativité, Winnicott dit:
"Il s'agit avant tout d'un mode créatif de perception qui donne à l'individu le sentiment que la vie vaut d'être vécue; ce qui s'oppose à un tel mode de perception, c'est une relation de complaisance soumise envers la réalité extérieure,(...)
Puis parlant du jeu: "Il n'est ni au dedans ni non plus au dehors, c'est à dire qu'il n'est pas une partie répudiée du monde, le non-moi, de ce monde que l'individu a décidé de reconnaitre (quelle que soit la difficulté ou même la douleur rencontrée) comme étant véritablement au dehors . Pour contrôler ce qui est au dehors, on doit faire des choses, et non simplement penser ou désirer, (...)"
Mais trop souvent hélas, c'est la peur qui gouverne le monde.
Le 25 avril
"Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font" disait l'autre, rare parmi les rares à avoir pu porter sur ses épaules le poids gigantesque de l'inconscience du monde.
Mais pour nous, commun des mortels, plus ou moins conscient de nous-même, jusqu'où faut-il réussir à se sentir solidaire, et donc responsable de l'inconscience (supposée) d'autrui ?
Le 17 avril
La marche tient de la démarche, rappelle Alexandre Chollier*. L'ascension de l'Ardève depuis Chamoson tient elle de l'allégorie.
Un sentier qui serpente de ci, de là, évite des mayens, contourne des pans de vignes, redescend, remonte, traverse, débouche sur des clairières inattendues, des champs hauts perchés, prend toute la montagne de travers, d'un flan à l'autre, des lacets qui petit à petit se resserrent pour déboucher enfin sur un sommet étroit.
Un banc, dos au vide impressionnant qui plonge sur les parchets de Leytron, Montagnon, un beau soleil printanier, pas de vent.
Deux petits lézards, bien curieux, qui se promènent sur moi, le murmure de la plaine, quelques croassements du grand corbeau, plus tard la tête blanche du gypaète. Un de ces instants que l'on aimerait tendre(s). Quoi d'autres ?
*Autour du cairn, éditions Héros-Limite/géographie(s)
Le 14 avril
"Voici, ceci est le corps, prenez (comme ailleurs don et prise de corps en mal d'éblouissements);
et qu'en l'honneur de ce corps-là et de ses
déchirures plus nues que plaies enfouies
dans vos robes de noces et de nuit
un monde va se tenir debout sur le soleil.
Suite et fin du 29 mars.
Le 12 avril
Le temps qui passe offre son lot de surprise. Au-delà de tout espoir j'ai quelques bouteilles au fond de ma cave que je garde tout simplement parce qu'elles sont encore là.
J'ai ouvert il y a peu un Château Bel Air-Marquis d'Aligre 1990, Margaux atypique ou très typique selon les avis ! Un vin en demi-teinte, jamais démonstratif, qui, si mon souvenir est bon ne voit pas de bois neuf, peu coloré, peu puissant, absolument hors-mode.
Et en toute franchise, quelques bouteilles de ce stock avaient déjà fini dans l'évier. Mais contre toute attente, cette bouteille, à 20 ans, portait bien. Un rien métallique en fin de bouche, franchement sur le déclin une heure après l'ouverture, elle emplissait la bouche d'une belle douceur harmonieuse: une bien agréable surprise.
Le 11 avril
"Je demande qu'un paradoxe soit accepté, toléré, et qu'on admette qu'il ne soit pas résolu. On peut résoudre le paradoxe si l'on fuit dans un fonctionnement intellectuel qui clive les choses, mais le prix payé est alors la perte de valeur du paradoxe"
D.W. Winnicott, Jeu et réalité, (Gallimard)
Le paradoxe me semble en effet souvent un précieux outil pour comprendre nos vies...
Le 10 avril
Restons BD, mais en beaucoup plus drôle.
Je vous recommande Aya de yopougon Gallimard/Bayou 2006 et La vie de Pahé Paquet Eds, 2006. Des regards d'africains sur leur société et la nôtre. Tendre, décalé, incisif et souvent hilarant... Quel bien ça fait !
Le 9 avril
"J'étais suspendu...entre terre et ciel, j'étais mis au monde une seconde fois...j'étais léger...moi!
C'était limpide...je voyais le monde tel qu'il était et non tel que je le pensais...et non seulement j'en faisais partie, mais j'en étais la nature même...l'origine.
J'ai entrevu un monde illimité et débarrassé de toute morale...et c'était magnifique."
Un extrait de "Blast", la sensationnelle dernière BD de Manu Larcenet (Dargaud, 2009).
Mais en espérant sortir de nos prisons, en imaginant fugacement cette liberté pourtant déjà si chèrement acquise, n'y a-t-il pas une étape supplémentaire, qui serait de constater que cette liberté est inutile, que l'acquérir revient en quelque sorte à ne plus en avoir besoin ?!
Le 8 avril
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Chapelle Saint-Médard, au pays de la Clairette.
Le 4 avril
Pâques à posteriori !
Dans "La Liberté", une réfléxion sur Pâques de Georges Haldas, qui cite:
"Qu'est ce que c'est être un homme ? Être un homme, c'est être un homme pour les autres. " Que je comprends avant tout dans le sens: Être un humain responsable de soi est le meilleur cadeau que l'on puisse faire à autrui. Ce que Gaston Gaboré disait: "Il faut s'accomplir au mieux de son humanité".
Le 7 avril
Le concept de rapport qualité-prix ou prix-plaisir est assez flou, ou dépend tout au moins des possibilités financières de chacun, du prix que l'on est d'accord de mettre pour une bouteille.
Dans la dernière Revue du vin de France, il est question de grands blancs bourguignons. Ces vins, pour ce qui est des premiers crus sur Puligny ou Meursault, coutent à la propriété entre 55.- et 125.- francs la bouteille.
Je vous propose dans mon assortiment le Puligny 1er cru Les Garennes 2005 de V. Prunier, à 38,20 ! Certes ce n'est pas (encore) un domaine célébrissime, les Garennes ne sont pas aussi bien situées que Les Perrières ou le Cailleret, mais il s'agit assurément d'un grand vin et très probablement du meilleur rapport qualité-prix de ma gamme...
Le 1er avril
Un poisson véridique, une histoire authentique:
Anthony Barton, distingué propriétaire de Léoville Barton (St-Julien) devait un jour subir une petite opération de routine. L'infirmière qui le questionne sur son état de santé, s'enquiert de ce qu'il boit par jour.
Il lui répond: "Environ 75 cl"; l'infirmière de s'exclamer:"Ce n'est pas du tout assez, il faut boire deux ou trois litres par jour !"
Le 29 mars
"Allez dire aux hommes, les femmes
que d'un creux va naître du nouveau
en abondance; que d'une absence de corps
dans une plaie tombale va grandir une
rumeur de murmures..."
André Schmitz, Le ramasseur de feu, in Dans la prose des jours, la Renaissance du Livre, 2002
Le 26 mars
Dans la plate-bande, derrière chez moi, quelques crocus d'un printemps qui s'en vient. Serrés les uns contre les autres -pour avoir peut-être moins froid la nuit- et à cet endroit, unique tache de couleur dans le soleil de mars.
Le 25 mars
Trois fleuves dit-on arrosent Lyon: le Rhône, la Saône et le Beaujolais !
Le millésime 2009 s'annonce excellent dans le Beaujolais (et dans toute la Bourgogne d'ailleurs). Ce serait, sera une bonne raison de vous proposer l'un ou l'autre cru lorsqu'ils seront en bouteilles.
Mais les vins du Beaujolais ne sont pas des plus faciles à vendre, la triste et trop souvent justifiée mauvaise réputation du Beaujolais Nouveau a jeté le discrédit sur tout un vignoble qui ne mérite pourtant vraiment pas ça.
Car on y trouve de fort bonnes choses et à des prix souvent sans concurrence. Je vous invite déjà à revoir (si nécessaire) ce que l'on appelle, dans le domaine du vin, des préjugés.
Dans des domaines plus importants on les nomme prisons mentales. Dont nous souffrons tous, et ces forteresses protégeant nos peurs sont d'autant plus efficaces que souvent inconscientes. Et la volonté d'en sortir n'est pas d'une très grande utilité. Même si un peu de (bonne) volonté ne nuit pas sans doute à l'heure d'assumer, de s'assumer.
Mais c'est un autre chemin à suivre avant tout: celui de renoncer à ce que l'on croyait acquis.
Le 23 mars
Prenez quelque temps pour visionner sur tsr.ch l'émission des Docs, un peu complaisante mais néanmoins intéressante, sur les Young Gods. Un groupe rock phare, et très accessoirement genevo-dzodzet.
Parmi leurs premiers albums, à la fin des années 80, L'Eau Rouge et les Young Gods play Kurt Weill sont tout bonnement extraordinaires. Surtout extra-ordinaire mais aussi dans le sens commun.
Puissance et originalité de la musique, au service de textes qui tiennent la route: rien de superficiel là-dedans. A écouter plein pot, si les voisins sont consentants !
Le 22 mars
Amis du vin, et de ce blog peut-être, ne manquez pas de consulter les autres rubriques de ce site. C'est eux se développe peu-à-peu, à boire chez vous est toujours aussi alléchant. Et découvrez surtout dans votre verre les réussites confirmées et les espoirs de demain.
Songez que votre serviteur a acheté ses premiers Clos St-Jacques (Gevrey-Chambertin) de Sylvie Esmonin en 1993...Et que depuis cette époque j'ai chaque année mon allocation, rien que pour moi ! (et pour les amis) alors que ce domaine s'approche du firmament de la Bourgogne et que ses vins deviennent introuvables.
Participez à la quête du Graal !
Le 17 mars
Du temps où j'étais (piètre) musicien, nous travaillions (laborieusement) le quatuor de Debussy. Notre professeur de musique de chambre, Arpad Gerecz, nous disais avec son accent hongrois prononcé (je vous laisse l'imaginer!): "jouer 3ème mouvement, c'est comme faire l'amour..."
Y'à (un peu) d'ça.
Aujourd'hui lundi 15 mars un gag "psychologique" à deux balles...
-"Tu es là quand ?"
-"Non, plutôt Jung!"
Le 14 mars
J'ai peine à voir dans La Flûte Enchantée le testament spirituel ou philosophique de Mozart. Cet ordre du temple solaire avant l'heure, même en beaucoup plus rigolo, ne convainc guère.
Qui est d'ailleurs le vrai héros (pour ce qui est des hommes) de l'histoire: Tamino, qui commence par s'évanouir, puis nous emmerde ? A l'heure où le rideau tombe, Papageno réunit la majorité des applaudissements; Bobet, mais bon vivant !
Reste bien sûr la musique, sublime, dépouillée, du Mozart de 1791, ou moins que jamais il n'y a trop de notes...
Le 13 mars
Sur la route des vins, si vos pas vous conduisent en Bourgogne, vous ne manquerez pas bien sûr l'Hôtel-Dieu de Beaune, sa salle des "Pôvres" et son jugement dernier de Van der Weyden.
Si ceux-ci vous dirigent vers l'Alsace, visitez Colmar, tout aussi touristique que Beaune, mais charmant; et surtout son musée Unterlinden et son fameux retable d'Issenheim, spectaculaire et impressionnant.
Le 12 mars
La vie secrète de nos amies les bêtes (ter)
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Le 11 mars
A propos du siècle des lumières, cette dernière votation en rappelle une autre.
Il y a peu, des agités du bocal de droite dressaient ce siècle-là comme le bouclier vertueux et l'exemple ultime face aux hordes de musulmans forcément extrémistes et obscurantistes.
Je leurs propose, chez le dentiste ou la coiffeuse (la dentiste ou le coiffeur si vous préférez), de lire "Voici" ou "Elle". Ou mieux encore passer une soirée télévision devant l'une ou l'autre chaînes, françaises de préférence.
Est-cela la "civilisation" occidentale...!?
Le 10 mars
"J'ai l'espoir-ou l'illusion?- qu'il nous est donné, de temps en temps, de ressaisir nos vies, de les reprendre, de les réorienter. Impression qu'on a creusé (ou suivi) un sillon et qu'on peut tirer sur les rênes et changer le cours de la charrue. Mais lorsque je me retourne et examine le sillon tracé, je ne suis pas sûr de distinguer vraiment des changements de parcours. Comme si l'on avait secoué le harnais, encouragé les chevaux, mais tracé le même sillon et retourné les mêmes mottes. Mais savons-nous vraiment le chemin parcouru? Et nos yeux sont-ils assez perspicaces pour voir les ondoiements du tracé et les terres traversées ? Peut-être ce regard vers le passé est-il inutile: il suffit d'entrevoir le cap et d'avancer.
Et l'on appuie sur le timon et l'on tire sur les rênes et l'on espère un cours nouveau. Et des terres plus tendres et plus fertiles. Comme on souhaite avoir écarté du chemin des pierres qui faisaient dévier le soc et l'émoussait."
Edouard Jöhr (Le 18 août 1990)
Le 8 mars
Il n'est rien de plus fascinant, pour qui veut toucher du doigt le mystère des terroirs, qu'une dégustation chez un vigneron bourguignon qui a la chance de posséder des parcelles sur toute la hiérarchie des appellations. Régional, village, 1er et grand cru.
En principe le millésime est le même, dans ce genre de dégustation, la région bien évidemment, le cépage, le pinot bien sûr (ou le chardonnay pour les blancs). Seul change l'emplacement des parcelles dans le coteau, tout en bas ou trop haut les régionales, au pied du coteau et parfois en haut, les villages, au coeur de la pente les premiers et grand crus.
Au nez, en bouche, une profondeur, une complexité, une longueur qui, à chaque niveau d'appellation, s'intensifie, s'affermit. Un grand voyage sensoriel, et bien plus encore.
Le 3 mars
"Il faut juste arriver jusqu'à l'apéro, après c'est tout de la descente."
Le Bel Hubert
Le 1er mars
La vie secrète de nos amies les bêtes (bis).
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Le 29 février
Demain donc j'irai volontiers un peu plus loin disais-je...
Le problème est plus profond. S'il suffisait de bonne volonté, de se dire je veux (faire le bien) donc je peux. S'il suffisait d'un Fidelio, d'un hymne à la joie pour que notre monde fonctionne d'une manière moins chaotique...
Tout cela est bien naïf.
Le problème est le "je". De quoi, de qui parle-t-on ? Sommes-nous toujours bien conscients de qui nous sommes, de ce qui nous pousse à agir de telle ou telle manière ? Ce qui se cache dans le "je" ? Le je est un autre, bien souvent, que celui que l'on croit.
Nous sommes bien peu conscient, bien peu maître de nous-mêmes. Nos décisions, s'il y en a, sont les fruits d'une multitude de raisons dont nous n'avons en grande partie pas conscience. Ce n'est pas par la volonté raisonnante, par l'abstraction métaphysique, dont nous ne maîtrisons qu'une infime partie des tenants et aboutissants, que notre monde tournera plus rond.
Pour un monde meilleur il nous faudrait un nouveau siècle des lumières, qui ne soit pas celui de la raison contre l'obscurantisme, mais de la lucidité psychologique contre l'inconscience !
Le 28 février
Je parlais il y a peu des Noces de Figaro. Changeons de monde, écoutons Fidelio. Petite critique d'une parfaite objectivité, bien sûr.
Beethoven ne crée pas des êtres vivants et respirants, il met en musique des idées qu'il incarne dans des personnages. Entre parenthèses il y aurait psychanalytiquement peut-être des choses à dire sur cette femme qui doit se déguiser en homme pour sauver son mari et de laquelle/duquel une autre femme tombe amoureuse...
Beethoven a des idées philosophiques, métaphysiques, à transmettre. Mais en essayant de mettre ces idées abstraites dans le cadre d'une histoire, d'une trame poétique, il crée un profond dualisme entre le fond et la forme. On s'attend, comme dans n'importe quel opéra, à voir et entendre des hommes et des femmes suer, souffrir, rire ou pleurer. Ors ces braves gens se donnent certes beaucoup de peine, mais ils en ont à essayer de faire de la musique avec des "personnages" qui n'en sont pas et qui ânonnent du sous-Kant.
Il n'y a là pas grand chose de véritablement vivant; sur le fond ce n'est pas inintéressant (mais j'ai des objections à faire demain à ce sujet !), mais où est la vie là-dedans ?!
Le 26 février
Le 24 janvier je parlais de L'homme à la découverte de son âme de C.G. Jung. J'arrive au bout de cette relecture et je vous propose encore ceci:
"Aime ton prochain comme toi-même ! Nous croyons que ce serait faire preuve d'égoïsme que de s'aimer soi-même. Nous ferions bien de prendre un peu à coeur ce "comme toi-même". Comment puis-je aimer autrui si je ne m'aime pas moi-même ? Comment être altruiste si on se maltraite soi-même ? Lorsque nous traitons notre personne avec la dignité qui lui revient , lorsque nous nous aimons, nous allons de découverte en découverte, nous comprenons ce que nous sommes et ce qu'il importe que nous aimions."
Le 25 février (bis)
A propos encore des quintettes de Mozart, plus particulièrement du final du K.516 en sol mineur, Harry Halbreich (dans le Guide de la musique de chambre chez Fayard) relève très pertinemment:
"Soudain-après une introduction adagio courte mais extrêmement intense- un Allegro en sol majeur s'élance avec une allégresse insouciante, ou, plus exactement une volonté d'allégresse insouciante !-(...)
Il ne s'agit nullement de frivolité. Le compositeur n'est pas dupe, ne nous dissimule aucunement le caractère factice de cette gaieté qui insiste, qui s'efforce de convaincre et de se convaincre. C'est le sursaut vital d'un homme équilibré et sensé, qui refuse de se laisser détruire par son oeuvre, pour pouvoir en créer d'autres encore: rien de plus éloigné de Mozart que la folie d'absolu de Faust, que l'orgueil surhumain de Prométhée. Mozart, l'anti-surhomme, a d'autres ambitions: son final nous propose la victoire de l'intelligence la plus lucide et la plus libre. Qui oserait affirmer que nous perdons au change ?"
On ne saurait mieux dire. Mais j'irais volontiers encore un peu plus loin...un de ces prochains jours !
Le 25 février
J'ai un ami grimpeur qui n'aime pas le vin.
Je sais, il faut être tolérant !
Il connait une vigneronne bourguignonne, par le biais de l'escalade, qui lui a proposé à plusieurs reprises des vins de son domaine, des dégustations. Mon ami a remercié... mais toujours refusé.
Elle s'appelle Lalou Bize Leroy.
Le 24 février
On a beaucoup glosé sur la relative (ce n'est pas les chefs d'oeuvres qui manquent néanmoins) difficulté de Mozart avec le quatuor à cordes. J'ai mon explication. Attention ! Grand moment de musicologie...
Faites l'expérience: écoutez quelques extraits d'un quatuor ou l'autre, puis quelques extraits des quintettes avec deux altos, autrement plus célèbres.
La différence saute aux oreilles: L'amplitude, la largeur, la chair sonore est très différente. Là où le quatuor relève de l'épure presque aride, intellectuelle, un peu sèche, le quintette impose une chair, une pâte sonore beaucoup plus épaisse, plus sensuelle.
La musique de Mozart est assez étrangère à l'intellectualisme désincarné, il n'a guère dû se sentir à l'aise dans le quatuor. Forme plus adaptée aux envolées métaphysiques qu'aux débordements charnelles ! Mais il y aurait beaucoup à dire sur ce sujet de la différence (pour rester dans la même époque) entre Haydn et Beethoven.
Ecoutez n'importe quelle page des Noces de Figaro, cette musique sue la vie par tous les pores. Une inépuisable intelligence psychologique mais une "forme" de génie assez éloignée de ce qui peut être la stricte symbiose intellectuelle du quatuor.
C'est peut-être le seul domaine musical aussi dans lequel il a dû nourrir quelques complexes (non sans raison) vis-à-vis de Haydn.
Le 22 février
J'ai fini hier la dernière bouteille de mon stock de Beaujolais primeur 2009 du domaine du Vissoux: quel dommage !
Un gamay (le cépage du Beaujolais donc) qui pourrait en remontrer à beaucoup d'autre, tout "nouveau" qu'il soit. Une robe profonde, très violacée, une bouche ample, parfaitement tramée.
Un cépage tout à fait passionnant, trop souvent considéré comme le parent pauvre d'une cave. Est-ce encore le fruit de son célèbre bannissement de Côte d'Or au XIVème siècle par Philippe le Hardi ?!
Je n'ai guère le sens de la hiérarchie dans le domaine gustatif, notamment ! Un cru du Beaujolais est-il fatalement moins pourvoyeur d'émotions qu'un grand cru de la Côte de Nuits ou un cru classé bordelais ?
Bien sûr il y a des terroirs meilleurs que d'autres, plus complets, plus complexes, plus aptes à un long vieillissement. Je me souviens parfaitement du Vouvray le Haut Lieu 1947, du Ducru-Baucaillou 1961 ou d'un plus simple Pernand-Vergelesses blanc, un village dont j'ai oublié le millésime, au restaurant, un soir d'agape bourguignonne.
Mais je me souviens aussi et surtout de la, des personnes qui partageaient ces moments, et cela compte au moins autant que le plaisir du vin lui-même.
Dans ces moments-là le vin fédère, oui, surtout s'il est exceptionnel. Mais il ne fait pas à lui seul la grandeur du moment.
Ou, pour dire la même chose autrement et plus abruptement: mieux vaut un Morgon en bonne compagnie qu'un Musigny avec des cons !
Le 21 février
Je trouve ce matin un petit papier sur lequel mon fiston a retranscrit ce proverbe, chinois apparemment, non dénué de sens: Il faut deux ans pour apprendre à parler et toute une vie pour apprendre à se taire...
Le 19 février
Hier au soir, avec quelques contemporains de la nouvelle génération, nous bûmes en mise en jambe un crémant rosé du domaine Chevrot, parfait apéritif débordant de fruits et de fraîcheur. Puis un magnum de Château Beau-Séjour Bécot 1994, grand vin à parfaite maturité, sans doute pas un monstre de complexité, mais des tanins parfaitement polis et civilisés, un vin suave et enjôleur, sans ostentation.
Le 16 février
La communication moderne est à certains égards à l'image de nos logiciels de gestion des courriels. Les courriels de provenances inconnues sont automatiquement dirigés vers la poubelle ou vers les courriers indésirables: On ne va quand même pas prendre le risque de s'intéresser à quelqu'un qu'on ne connaît pas !
Dimanche 14 février
Saint-John Perse donc :
"...Étroits sont les vaisseaux, étroite notre couche.
Immense l'étendue des eaux, plus vaste notre empire
Aux chambres closes du désir.
Entre l'été, qui vient de mer. A la mer seule nous dirons
Quels étrangers nous fûmes aux fêtes de la ville, et quel astre montant des fêtes sous-marines
S'en vint un soir, sur notre couche, flairer la couche du divin.
En vain la terre proche nous trace sa frontière. Une même vague par le monde, une même vague depuis Troie
Roule sa hanche jusqu'à nous. Au très grand large loin de nous fut imprimé jadis ce souffle...
Et la rumeur un soir fut grande dans les chambres: la mort elle-même, à son de conques, ne s'y ferait point entendre!
Aimez, ô couple, les vaisseaux; et la mer haute dans les chambres !
La terre un soir pleure ses dieux, et l'homme chasse aux bêtes rousses; les villes s'usent, les femmes songent...Qu'il y ait toujours à notre porte
Cette aube appelée mer - élites d'ailes et levées d'armes, amour et mer de même lit, amour et mer au même lit -"
Le 10 février
"Le long chemin qui mène à soi. Il faut tout défaire, tout saccager, remuer la terre, creuser profond. Ôter les pierres qui bloquent les sources, les rochers lourds qui pèsent sur le coeur, auxquels on n'ose pas toucher. On préfère cesser de respirer que de voir ce qu'ils cachent. (...)
Il y a la vie bruissante des premières heures. La vie bouillonnante de la première enfance. (...) Il faut apprendre à se définir, il faut lisser son coeur ébouriffé. Il faut organiser son être. Il faut canaliser la vie souterraine, qui continue de sourdre avec la force des étoiles.(...) Pour prendre sa place dans le trafic, on met sous tutelle les énergies originelles, vitales, quitte à en perdre un peu la terre, le vent. Quand les crues des rivières inquiètent, on construit des barrages. On barre les eaux. On a peur du courant, alors on nage à contre-vie.
Lentement peut-être, on décrispe les doigts. On accepte le chaos des profondeurs, la vie brouillonne qui bourdonne au fond du monde. On finit par la laisser faire, où qu'elle mène. De toute façon, c'est la seule manière de vivre."
"Le jour où ma tête est tombée dans un trou", Caroline Valentiny (Desclée de Brouwer) 2009
Le 7 février
Quelques extraits du discours d'Alexis Leger, alias Saint-John Perse, lors de la remise du Nobel de littérature en 1960.
"Mais plus que mode de connaissance, la poésie est d'abord mode de vie. (...)
Fierté de l'homme en marche sous sa charge d'éternité ! Fierté de l'homme en marche sous son fardeau d'humanité, quand pour lui s'ouvre un humanisme nouveau, d'universalité réelle et d'intégralité psychique...Fidèle à son office, qui est l'approfondissement même du mystère de l'homme, la poésie moderne s'engage dans une entreprise dont la poursuite intéresse la pleine intégration de l'homme.(...)Elle n'élève point des perles de culture, ne trafique point de simulacres ni d'emblèmes, et d'aucune fête musicale elle ne saurait se contenter. (...)Se refusant à dissocier l'art de la vie, ni de l'amour la connaissance, elle est action, elle est passion, elle est puissance, et novation toujours qui déplace les bornes. (...)
(...)L'obscurité qu'on lui reproche ne tient pas à sa nature propre, qui est d'éclairer, mais à la nuit même qu'elle explore, et qu'elle se doit d'explorer: celle de l'âme elle-même et du mystère où baigne l'être humain. (...)
Ainsi, par son adhésion totale à ce qui est, le poète tient pour nous liaison avec la permanence et l'unité de l'Être. Et sa leçon est d'optimisme. Une même loi d'harmonie régit pour lui le monde entier des choses. Rien n'y peut advenir qui par nature excède la mesure de l'homme.(...) L'inertie seule est menaçante. Poète est celui-là qui rompt pour nous l'accoutumance."
Aujourd'hui 6 février la vie secrète de nos amies les bêtes.
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Le 3 février
Cette ébauche de simili blog est bien sérieuse...
Quelques bons mots à la Bashung, jeux de mots plus ou moins faciles, mais on est pas là pour se prendre au sérieux !
- Et que ne durent que les moments doux (Osez Joséphine)
- M'aurais-tu cédé contre un CD (J'avais un pense-bête)
- J'ai pas compté, j'escomptai (Malaxe)
- Tu m'as conquis, je t'adore (Sos amor)
- Je te vois pleurer des romans-fleuves asséchés (Happe)
- T'es partie avec mes revenus (Bombez)
- Notre Père qu'êtes audacieux (Etrange été)
- Le plus clair de mon temps dans la chambre noire (J'passe pour une caravane) et bien sûr:
- J'ai des faims de toi difficiles (Sos amor)
Le 2 février
...
Parle-moi
du pays des toits bleus
du pays d'où tu viens
où les fleurs ont des lèvres pour baiser le matin
parle-moi
du pays des sources-flûtes
des flamants verts
et des colombes noires
parle-moi du pays des raisins mûrs
des cloches éternelles
des chiens muets
et de la brise-femme
parle-moi du pays d'où tu viens
où paissent tant de pays
où l'on porte en soi-même mille autres vies
juxtaposées
René Philoctète, Poèmes des îles qui marchent (Actes Sud)
Le 30 janvier
"Tous les fleuves de la région sont ainsi. L'autre jour, sur le rio Machado, j'avais éprouvé les mêmes affres. Le matin était lumineux et les eaux resplendissaient. Nous étions loin des poussières, loin des cendres. Des lumières et des petites étoiles brisées dansaient au fond du fleuve, on voyait le manège des immenses poissons, et quand nous coupions le moteur, le silence était si onctueux que les cris des oiseaux se noyaient.(...)Tout était au bonheur mais la rivière Machado ne savait plus où elle en était.
Il n'y avait plus d'est et plus d'ouest, plus de nord, plus de sud, notre barque tournait, notre barque était une rose des vents car le beau fleuve avait perdu la tête. L'eau se froissait entre les herbes, dessinait des géométries informes, des spirales à l'envers et à l'endroit en même temps, (...)
Les règnes, dans ces lointains, s'emmêlent: où commence et où finit le minéral, le végétal? La paroi qui isole l'humain de l'animal, le vivant de l'inanimé est poreuse. Du vide et du plein, de la mort et de la vie, du profane et du sacré, de l'éphémère et de l'éternité, l'Amazonie raccommode les trames rompues, rabiboche les moignons ensanglantés. Nous entrons dans un monde où le haut et le bas, comme dirait André Breton, l'eau et la terre, l'air et le fleuve cessent d'être contradictoires. Un univers sans borne et sans exclusion. Il y a un poisson amazonien que j'aime bien, le tambaqui, qui se prend pour un oiseau, depuis le temps qu'il vit dans les branches noyées des mangroves, qu'il se nourrit en broutant des fruits aquatiques, et qu'il croit que l'eau est un ciel."
"Besoin de mirages" Gilles Lapouge, Ed. du Seuil (livre de poche)
Le 29 janvier
Et si l'on parlait un peu vin...?!
Il y a environ une année de cela, je suis (re)monté à Beudon, vertigineux balcon sur le Rhône, peu après Fully. J'y avais croisé les propriétaires du lieu, vignerons dont j'avais entendu parler. Biodynamistes et peut-être un peu ermites, tout au moins isolés, avec leur téléphérique comme seul accès, hormis deux raides sentiers. Ils m'avaient invité à m'installer, là, dehors, dans la douce chaleur de ce soleil d'hiver, pour goûter leur production.
Puis le soleil s'était couché et il avait été l'heure de partir. J'avais pris pour cette descente l'autre chemin, que je ne connaissais pas. Dans le soir qui tombait, le Bietschorn pâlissait par-dessus la brume rose. Avec la tour de Saillon sur la gauche, sombre et vaguement menaçante. Et au beau milieu de cette large entaille du Valais central, cette spectaculaire vallée du Haut-Rhône, le lune, ronde et pleine.
Et moi je riais. Nous avions pas mal dégusté, et même un peu bu. Je riais de la vie difficile, de la majesté de ce moment entre chien et loup.
Et il y a quelques jours, avec un couple d'amis, nous avons repris le chemin de Beudon. Pour y croiser une nouvelle fois monsieur et madame Granges. Et déguster un étonnant Fendant 2005, pas très vif, un peu "pétrolant" comme un vieux riesling, un excellent Gamay 2006, bel équilibre entre structure, vivacité et concentration, et un remarquable Pinot noir 2008, très dense, pas du tout alcooleux ou confituré comme bon nombre de pinots valaisans, grand caractère et magnifique ligne en bouche.
Consultez leur site internet... voir sous rubrique "les autres".
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Le 24 janvier 2010
Alors pour ouvrir cette nouvelle rubrique, une longue citation de C.G. Jung, dont je relis ces temps "L'Homme à la découverte de son âme" (Albin Michel, Page 85)
"Quand nous considérons l'histoire de l'humanité nous ne distinguons que la couche la plus superficielle des événements, troublée en outre par le miroir déformant de la tradition. Ce qui s'est passé, au fond, échappe au regard même le plus scrutateur de l'historien, car la marche propre de l'histoire est profondément cachée, vécue par tous et masquée au regard de chacun. Elle est faite de vie psychique et d'expériences privées et subjectives au premier degré. Les guerres, les dynasties, les bouleversements sociaux, les conquêtes et les religions ne sont que les symptômes les plus superficiels d'une attitude spirituelle fondamentale et secrète de l'individu, attitude dont il n'a lui-même pas conscience et qui par suite échappe à l'historien; ce sont peut-être les créateurs de religions qui sont à cet égard les plus révélateurs. Les grands événements de l'histoire du monde sont, au fond, d'une insignifiance profonde. Seule est essentielle, en dernière analyse, la vie subjective de l'individu. C'est celle-ci seulement qui fait l'histoire; c'est en elle que se jouent d'abord toutes les grandes transformations; l'histoire entière et l'avenir du monde résultent en définitive de la somme colossale de ces sources cachées et individuelles. Nous sommes, dans ce que notre vie a de plus privé et de plus subjectif, non seulement les victimes, mais aussi les artisans de notre temps. Notre temps-c'est nous !"
Fin de citation ! J'ajoute qu'à ce titre nous sommes responsables, bien que peu conscient de nous-même et goutte dans l'océan du monde, de nos actes et de la marche de celui-ci...
(Si vous souhaitez un aperçu de la pensée de Jung, je vous recommande les 150 pages en livre de poche de l'"Essai d'exploration de l'inconscient". Très accessible et essentiel dans tous les sens du terme.)

